__notes du 06 08 18

 

[animaux-humains] les commentaires en voix off des documentaires animaliers sont réellement parlants : une partie reste scientifique (descriptions, statistiques, biologie, migrations, reproductions etc), mais elle est commentée/augmentée par une autre partie qui prend beaucoup plus de place, complètement imbibée de tout le vocabulaire du sentiment – les postures animales sont « fières », « admirables », « inquiètes » etc, c’est à chaque phrase un dosage fort d’anthropomorphisme – c’est à se demander pourquoi semblent si neuves les études scientifiques prouvant que l’animal est capable de ressentir des sentiments (souffrance, stress) puisqu’ils sont présentés sous cet angle du sensible – ou bien, c’était une réquisition, le commentaire confisquait la sphère du sensible pour qu’elle reste propriété de l’humain regardeur ? – en tout cas, quelque chose est dévié là-dedans, il y a une forme de méconnaissance de ce qu’est la sensibilité autre, à mon avis un animal peut ressentir inquiétude, souffrance, sans être réduit aux rôles catégoriels humains (par exemple la fierté ou l’arrogance) – autre remarque : quand l’empathie est convoquée, elle peut s’inverser, quand la peur est convoquée (devant un prédateur tueur), elle peut se transformer en attendrissement (le prédateur veut nourrir ses petits) – c’est un sentimentalisme très élastique, qui fictionnalise encore plus les images – les images s’exonèrent ainsi de leur futur, pas de prospectives sur l’avenir des animaux filmés autrement que dans la sphère du sensible (ils vont disparaître, nous les humains sommes inquiets), pas d’état des lieux qui modifierait les regards
[la campagne] c’est un endroit singulier, pittoresque et rempli d’anecdotes savoureuses, on y va pour se dépayser, pour oublier, se libérer, c’est comme un grand savon pour la tête – les descriptions, quand elles touchent au social, s’arrêtent rapidement – si le patrimoine industriel est visité cela restera sous l’angle « singulier pittoresque et rempli d’anecdote dépaysement oubli », il n’y aura pas de mise en perspectives sociales ou politiques, comme s’il ne fallait pas nous ennuyer avec des choses trop sérieuses (et on regarde ces choses très sérieuses, chevalets de mines, photos en noir et blanc de mineurs d’ardoises) comme on regarde les reportages animaliers, avec une sorte d’empathie sensible qui ne tirera pas de conclusions, qui ne fait pas état des lieux pour construire le futur – quelque part, que ce soit avec les animaux ou les campagnes, il n’y a pas de futur, ou bien il est complètement imprévisible, comme si nos choix d’humains (notre conscience ?) n’intervenaient jamais