__notes du 10 09 18

 

[le vide et le plein] certains textes sont très dénonciateurs de fait – je dis « textes » car ma prise de notes est forcément subjective , et donc ce qui reste de ce que j’ai entendu, même si je ne remodèle rien, si je ne change aucun mot de place, par ses enchaînements et ses omissions, est bien un texte – donc un texte comme celui noté pendant un téléachat [11 51] montre crûment les injonctions
dans ce cas là, ce qui m’intéresse dans ce discours formaté, arrangé, prédigéré, c’est l’involontaire, le grain de sable, le dérapage (« il y a un poil« )
parfois il y a aussi des raccourcis (le robinet à paroles est si constant que l’émetteur  ou l’émettrice va parfois plus vite que la musique et ça donne une expression presque poétique) (« ça va venir vivre à votre oreille avec quarante pourcents de réduction« )
prendre des notes pendant un reportage « en temps réel » [12 09] est aussi très intéressant : si on a l’impression de noter quelque chose de spontané, d’oral, la voix de quelqu’un qui se démène, on se rend compte que c’est aussi construit que le téléachat – il y a montage, une mise en forme, une équipe technique autour de celui qui semble parler spontanément – et que dit-il ? le vide, le grand vide, c’est presque lyrique, ça monte en puissance, mais il n’y a rien, c’est un grand drapeau qui claque sans forme ni symbole sur son drap – peut-être que ça appelle au rêve d’évasion (être ailleurs, pêcher un gros gros gros poisson) et que pour que cela fonctionne il faut que ce soit rassembleur, donc que cela se concentre sur le plus petit dénominateur commun, une sorte de lutte épique contre le rien, cette chose informe à attraper, qui pourrait être un poisson comme autre chose, ce qui compte c’est la mise en forme d’un dépassement qui puisse happer – ça fait appel à un sentiment primitif, le cerveau reptilien peut-être
prendre des notes pendant un commentaire politique est plus complexe [18 17]
déjà parce que je différencie deux formes de paroles : le discours et le commentaire
je ne vois rien qui puisse rentrer dans une autre catégorie – le discours (ce que je dis doit être entendu et porté, c’est une vision du monde) et le commentaire (j’exprime des impressions en rebond du discours entendu)
les « commentaires » des spécialistes politiques peuvent être du discours (tout comme les commentaires sportifs d’ailleurs) et là ce qui m’intéresse n’est pas le formaté ou le prédigéré mais ce qui est asséné comme vérité avec ses fantasmes – ça ne semble pas vide, on a l’impression d’entendre des faits, de voir une mise en cohérence du monde, mais c’est peut-être tout aussi vide que la chasse au gros gros poisson, une sorte de réunion de tous autour de paramètres présentés comme incontournables – et puis il y a une dose d’absurde qui se dévoile, comme par exemple « faut pas croire que c’est à chaque fois du calcul » quand tout est calculé au contraire, quand tout est coloré par une seule vision sans nuances
mais il y a la aussi le facteur « hors de contrôle » qui dévoile ce qui se trame en-dessous (par exemple « on va donner une prime aux vertueux« , ce qui semble logique, admissible, et pourtant tout à coup la notion de vertu est convoquée, c’est donc que cette vision du monde présentée comme pragmatique est affective, puisque la vertu n’est pas une qualité immanente, constatable, elle est changeante selon l’époque, la société) (« on va donner une prime à ceux qui mesure 1,80m » serait non affective) (de quoi les vertueux sont-ils vertueux en l’occurrence et en vertu de quoi) 
peut-être que ce qui me frappe le plus est la place minuscule laissée à la nuance, comme si la parole publique (radios télés) et tout ce qui sort de la parole intime, cherchait d’abord à rassembler (autour de ce plus petit dénominateur commun), cherchait l’assentiment du plus grand nombre, et s’il y a bien quelque chose qui n’apporte pas ce type de rassemblement autour d’une parole (discours ou commentaire) c’est bien la nuance (c’est sans doute constater que l’eau mouille mais tant pis)
les prochaines sources seront vraiment en dehors de mes habitudes (une chaîne spécialisée autos motos par exemple, ou une émission sur une radio dont je ne connais pas encore aujourd’hui l’existence)