__notes du 15 09 18

 

[double discours] (encore que – tout discours étant potentiellement double) frappée ce jour par  [11 21] le regard sur le passé (qui le diffracte et nous en dédouane, comme si en tant que spectateurs nous n’étions jamais concernés) – cela passe une personnification historique, aucune histoire sociale évidemment – pas étonnée non plus, j’avais plus ou moins le sentiment à l’avance que la chaîne histoire choisissait comme angle de vue le prisme du Grand Homme, le plus simple, le plus accessible, la suite directe des contes et légendes pour enfants (le prisme de la Grande Femme aussi, mais en quantité moindre) – donc le Grand Homme, sa vie son oeuvre : une narration – le discours est presque honnête, lucide (« il faut reconnaître que ce récit pittoresque ressemble à une fable » ) comme si on se démarquait et qu’implicitement on reconnaissait que l’histoire ne devrait pas se limiter à la lignée des rois et reines déroulée en perles à la stéphane bern, ponctuée d’anecdotes censées être éclairantes – mais en fait non, le « récit pittoresque qui ressemble à une fable » est conservé, on ne s’en écarte pas – cela se double aussi d’une vision du passé étrangement hautaine (« c’était la structure de la société – l’indiscutable hiérarchie du système de caste reposait sur une foi aveugle plutôt que sur la simple rationalité« ) – évidemment, semble dire ce discours, de nos jours pas de hiérarchie, et surtout pas aveugle, tout ce qui se passe est rationnel (en contrepoint je pense au vocabulaire qui entoure tout ce qui touche au marché, « marché perturbé », « marché rassuré », « marché déstabilisé » ou « en grande forme ») – et pourtant, avec le regard moderne et éclairé qui est le nôtre, nous sentons « l’âme d’une époque sur les remparts d’une ville » (très rationnellement donc) –  donc double discours qui chante la figure emblématique unique du grand homme, nous dit que c’est une fable, et nous assure que nous vivons à présent dans une époque très éloignée de ce système de castes un peu antique, daté, désuet – c’est vrai qu’aucun objet contemporain ne pourrait générer cette phrase : « formidable – ça aussi c’est très intéressant – sans doute utilisé par les gens très riches et dans des conditions particulières » – comme si on pouvait regarder le passé sans faire aucun lien avec le présent – me semble que la personnification (grands hommes / grandes femmes) c’est aussi un mode de perception, fait de tranches bien nettes et étanches, au final une pensée conservatrice : le passé c’est le passé, les grands sont en haut parce que c’est ainsi et nous, nous sommes modernes (ma sensibilité me porte à penser au contraire que le passé c’est le présent, que les grands en haut le sont parce que ça les arrange et que nous n’inventons pas grand chose qui n’ait déjà été vu/lu/entendu auparavant ici ou ailleurs) – (fichtre, je dois sans doute avoir un prisme devant les yeux qui me fait voir tout discours comme intrinsèquement social et politique, de part sa nature même)
[en dehors de soi] penser avec ses outils propres en tentant de sortir de son mode de pensée est sans doute ce qu’il y a de plus difficile, c’est peut-être impossible