__notes du 25 11 18

 

[Tf1MonAmie] -si la procédure de prises de notes est plutôt méthodique, le choix de la source est un fameux nimportekoi. Ou bien c’est à l’image du vol de papillon (« Le vol du papillon ressemble à la déambulation d’un homme saoul, dans les trois dimensions de l’espace qui plus est »)
-par exemple, je n’avais pas spécialement exploré tf1
(terrible constat)
(on devrait toujours explorer tf1)
(tf1 c’est simple, c’est en accès libre, c’est basique, un peu comme un prospectus dispo sur les comptoirs, aux caisses des supermercatos, dans les ruisseaux caniveaux et trottoirs, ça ne coûte rien, c’est là) (un peu comme la météo) (un phénomène qui tombe no matter what)
-selon le principe des fractales qui dit qu’une toute partie du monde est à l’image de ce monde et le représente en totalité, on devrait tout trouver sur tf1
– à 10 h 53 c’est soyez différents en étant supérieurs aux autres (grâce à de meilleurs produits indispensables) (« nous en avons besoin – pourquoi parce que hop il est là ») ou comment combler le vide intersidéral de l’existence et répondre à toutes les tortures existentielles avec des biens matériels concrets mais magiques
– à 13 h 30 c’est le savoir (ou les connaissances) qu’on lance en l’air comme des dominos, sans but (c’en est presque Dada comme concept) (« richard virenque tiger woods éric tabarly aimé jacquet – chaud chaud cacao »)
– à 17 h 10 c’est un sexisme bien charpenté (« et ici la décoratrice en chef c’est madame […] quant à olivier son truc c’est le bricolage – ensemble ils forment un couple parfait »)
c’est dépiautage-laminage de concept avec le mot « artiste« , qui en fait veut dire j’accroche une photo avec un chat en noir et blanc sur le mur
c’est dépiautage-laminage de l’idée de compétition : l’aspect gain-candidats-affrontements est rhabillé en loisir pas méchant (« détente convivialité franc-parler on est plus dans la catégorie cool »)
il ne s’agit pas de hautes doses, mais de doses minuscules et constantes, ça s’essaime gentiment, sans vigueur ni violence, et c’est pour tout public, même les plus jeunes peuvent profiter de leur ration de sexisme-compétition-amusons-nous-en-nous-affrontant
hier j’écoutais À voix nue avec Mona Heftre, et ce moment où elle raconte l’arrivée de la télé en 1962 dans une maison de deux pièces où ils vivent à neuf, sans se parler, cette porte ouverte brutalement sur le monde, Cinq colonnes à la Une, Au théâtre ce soir, tant de paroles, discours, reportages, textes, qui avaient changé sa vie
une Mona Heftre de 2018 qui vit dans une maison de deux pièces à neuf où personne ne se parle qui voit arriver la télé, qu’est-ce qui va lui arriver
[schizophrénie] quand même, car je ne prends pas de notes pour dénoncer ou militer
c’est plutôt à la façon des enfants qui démontent un jouet
six ans après la découverte de la télé par Mona Heftre, je m’active à enlever consciencieusement toutes les épingles des poupées folkloriques de collection qu’on m’offre au gré des voyages des oncles et tantes, la bretonne, la corse, la grecque, la bourguignonne, je défais je décolle les costumes régionaux, je veux voir comment ça tient les tabliers à fronces, les bonnets à rabats, et ce qu’il y a dessous, les cheveux sont-ils collés, comment c’est superposé le tissu les rubans, comment ça tient
bien sûr je ne sais jamais ré-épingler à l’identique
#lasuiteasixminutes c’est mon jeu de desépinglage mais rien ne finit à la poubelle, parce que certains textes, même ceux qui poussent sur le fumier du capitalisme dur, m’enchantent quand ils dérapent (« tout le secret il est ici – l’effet inversé c’est exceptionnel – quand il va y avoir du vent elle va décoller – les baleines vont se décoller »)